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 Icarus ~ Libre

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MessageSujet: Icarus ~ Libre   Sam 24 Jan - 15:13

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Le Soleil de midi frappait durement le monde rocailleux des canyons. Ici, tout n'était que minéral. Un désert de vie. Le Ciel et la Terre. Voilà tout. La ciel. Et la Terre. Et le vent. Le vent qui soufflait. Et soufflait encore et encore. Il balayait les plateaux, sculptait les pics acérés. Il était partout. Il passait partout. Rien ne l'arrêtait. Rien ne lui résistait. Ni les hautes falaises. Ni les plus étroites crevasses. Et il hurlait. Gémissait. Grondait. Il régnait en maître sur son royaume immobile. Il était partout. Le Vent. Et Il était le vent.

Il volait. Le souffle d'Eole le portait, et il volait. Loin, au-dessus des canyons, tutoyant le vide à chaque foulée. Mais jamais il ne tombait. Un Faucon ne tombe jamais. Et il courrait. Et il volait. Le fracas de ses sabots heurtant la pierre rouge chantait d'unissons avec les bourrasques furieuses. L'air gonflait ses crins de Lune, qui flottaient en parfait étendard sous les rayons jaloux de l'astre diurne. Le vent le giflait et il en redemandait. Et il accélérait. Flirtant avec le vide. Jouant avec la mort. Encore et toujours. D'aucuns l'aurait pris pour un fou. Et peut-être l'était-il. Mais il n'en avait que faire. Il se sentait heureux. L'adrénaline dégringolait dans ses veines. Et il se sentait vivant. Puissant. A gauche la surface plane du plateau. A droite le vide vertigineux. Et au milieu, il y avait lui. Flirtant avec la mort. Jouant avec la vie.

Même si cela n'avait aucun sens, il n'en avait que faire. Il courrait pour se sentir vivant. Ses poumons étaient en feu. Ses muscles puissant roulaient sous son pelage suintante. Chaque foulée était une douleur. Chaque foulée, une seconde de bonheur. Et il courrait, à en crever. Pour se sentir vivant. Pour aller toujours plus loin. Toujours plus haut. Pour atteindre cet instant de grâce, aussi court qui sublime, où ses sabots quiteraient terre. Où il se fondrait dans l'air. Il allait bientôt l'atteindre, cet instant, il le sentait. Alors il continuait. Alors il accélérait. Parce qu'il était ainsi fait. Et qu'importe ce que les autres en diraient. Un jour, il volerait.

Depuis tout petit déjà, il en rêvait. De voler. Tutoyer les étoiles et caresser les nuages. S'échapper de cette Terre et fuir son père. Ce père tyrannique qui voulait faire de lui un guerrier. Comme si l'on pouvait changer un poète en une machine à tuer ! Et tant pis si cela dérangeait, qu'un simple mortel veuille s'envoler. Au moins ne connaissait-il pas l'existence si triste et dépourvue de magie qu'avait la plupart de ses semblables. Oh bien sûr, Season's n'était pas stupide. Il savait bien que jamais il ne pourrait prendre son envol. Que ses ailes de géants l'empêchait de voler. Mais sa quête insensée de jeune étalon brimé lui avait fait découvrir d'autres voies, d'autres rêves. Et plus encore, il avait vu le monde. Il l'avait compris. Il sentait le monde vibrer autour de lui. Il comprenait les plaintes de loups esseulé et la colère des torrents. Il comprenait le monde. Il était le monde. Il était le vent. Et un jour, il s'envolerait.
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MessageSujet: Re: Icarus ~ Libre   Lun 9 Fév - 17:01

Samaël
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MessageSujet: Re: Icarus ~ Libre   Lun 16 Fév - 16:25

Oliasha
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Peut être avais-je espéré le revoir, le recroiser, en venant ici. Peut être avais-je eu l'espoir, si stupide, et fébrile, de l'avoir une nouvelle fois en face de moi, pour lui donner mon amour, un amour qui pique, qui fait mal, qui brûle, mais un amour quand même. J'avais un trou dans la poitrine, j'avais une blessure profonde, qui saignait, qui suintait, et tous les pores de ma peau le réclamait. J'avais un mal de chien, à chaque fois que j'y repensait, j'avais un monstre tortionnaire dans mes entrailles, quand me revenait à l'esprit son image. Le souvenir de nos retrouvailles. Si froides, et si... vides.
Nous étions trop fiers, trop orgueilleux. Nous étions trop fiers, et j'avais une nouvelle fois dans ma vie, fait l'erreur de le perdre. Je le réclamai. Mon frère.

Et à revenir ici, je me faisais du mal, il fallait le dire. Immobile, sur le lieu de notre dernière rencontre. Immobile, à l'endroit même où je me tenais, alors que nous nous étions quittés, en nous crachant à la figure, comme des chiens enragés. Ce fut notre au revoir. Peut être un adieu de sa part.
Je courbai l'échine à cette pensée, et fermai les yeux. Je soupirai, en pensant qu'un peu d'air frais calmerai la furieuse migraine dont souffrait mon cœur, naïvement. Rien n'y faisait. Je relevai la tête alors, et furieuse moi aussi, contre moi-même, contre lui, contre le monde.

Ce n'était pourtant pas de ma faute ! Il fallait blâmer ma mère ! C'était elle, que j'avais aimé, puis appris à détester, qui m'avait enseigné que l'amour faisait mal, et que pour le prouver il fallait frapper et faire crier. Ce n'était pourtant pas de ma faute, si j'avais longtemps cru ces sottises. Et j'avais mis encore plus de temps à tout réapprendre. J'avais encore beaucoup de mal à faire des efforts. Je mettais construit un palais de glace, et je m'y faufilai, lorsque je me sentais en danger. Tout le temps, à vrai dire. J'étais lâche. Oh oui, j'étais lâche.

Et soudain, une mélodie particulière, rapide, virevoltante. Les falaises chantaient la danse d'un équidé en pleine course. Les sons de ses sabots martelant le sol résonnaient jusqu'à mes oreilles, me sortant de ma transe douloureuse. Je plongeai mon regard vers le vide, mais il n'y avait rien en bas. D'où venaient-ils alors ?
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MessageSujet: Re: Icarus ~ Libre   Sam 21 Fév - 18:55

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[ Je suis partie en sucette sur ce topic ahah What a Face ]

Un jour, il volerait. Mais son heure n'était pas encore arrivé. Il était prisonnier sur terre, loin des nuées. Pour une durée indéterminée. Il lui faudrait bien s'en accommodait et c'est avec son sourire habituel qu'il le faisait volontiers. Alors, en attendant, il courrait. Vite. Si vite que le monde devenait foulli inextricâble d'ocre et d'azur. Au milieu de sa course, le monde ne semblait faire qu'un. La Terre et le ciel s'épousaient, et lui, vacillait à leur limite, intrépide petit funambule. Le vide s'ouvrait à ses pieds. La Terre se déployait dans toute sa majesté. Et le ciel s'offrait, immense. Somptueux. Ocre et Azur. Azur et Ocre. Et le vent. Le vent incolore. Et pourtant omniprésent. Voilà à quoi se résumait son monde à cet instant. Voilà pourquoi il faillît la manquer. Elle, la Dame à la robe sablonneuse. Il l'aurait manqué, s'il n'eût été sa crinière crème qui dansait sous le Soleil. Mais elle était là, au beau milieu de son chemin. Observant le vide. Elle était là et, quelques part, Season's se dit qu'elle l'attendait peut-être. Sans même le savoir...

En un quart de seconde, sa décision était prise. D'un mouvement brusque et impétueux, le Faucon mît fin à sa course. Tant pis pour le vent, il volerait une autre fois. Ses sabots frappèrent durement la roche et glissèrent longuement sur cette dernière. En un instant, son corps tendu à l'extrême dans le mouvement se figea. Et de vif-argent, il devînt statue. Une statut de granit gris, voilée par un rideau de poussière jaunâtre qui se plaisait à dissimuler ses formes aux yeux du monde. Cette idée lui arracha un mince sourire. Alors qu'une aura d'ivresse furieuse l'entourait quelques instant plutôt, le nomade paraissait désormais d'un calme olympien. Oublié la fureur de la course, la joie de l'envol, ne restait que le calme du poète, la sérénité du voyageur. Ignorant superbement ses muscles douloureux et sa respiration erratique, le gris se décida finalement à s'approcher de la demoiselle. Cette dernière observait le vide, grave et songeuse. Elle ne semblait pas l'avoir vu. Comme les autres. Cette pensée fît à nouveau sourire la mâle. De par son imposante carrure, on eût put penser qu'il faisait sensation, que tous le remarquait. Mais il n'en était rien. Malgré cette enveloppe de colosse, ses congénères passaient souvent à côté de lui sans même le remarquer. Et pour causes. Ils ne voyaient que le visible, quand Season's se fondait avec ce qui l'entourait. Il était en si parfaite harmonie avec le monde qu'on finissait par en oubliant sa présence. C'en était presque ironique.

« Pourquoi tant de mélancolie sur un visage si jeune ? » lança-t-il sans préambule, un large sourire bienveillant sur le visage. Pas forcément la meilleure façon de s'annoncer. Mais il était ainsi, Season's. Les conventions n'avaient jamais étaient son truc. Ni les règles d'ailleurs. Il était le fils du vent après tout. Le vent ne se présente pas.
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MessageSujet: Re: Icarus ~ Libre   Mer 25 Fév - 11:59

Oliasha
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C'était le vent et les falaises qui me trompaient, qui se jouaient de moi. Je n'étais pas naïve, ni crédule, mais les échos apportés à mes oreilles, en tout sens, tout autour de moi, me désorientaient. Et finalement, je n'arrivais toujours pas à saisir la source de cette galopade qui pourtant, je le savais, n'était pas l'oeuvre d'un fantôme. Falöna Synaë était empli d'esprits et de fantaisie, mais j'avais encore du mal à croire en toutes ces choses irrationnelles. D'autant plus que je n'avais jamais vu de mes propres yeux un de ces Sha, ou Esprit, malgré mes recherches.
Et soudain, la cavalcade se fit plus présente, plus intense, comme si elle sortait de cette dimension d'irréelle, et s'arrachait à l'imaginaire. Je ne mettais donc pas trompée : il ne s'agissait pas d'une chimère.

Alors, je me retournai, pour voir arriver vers moi un étalon typé ibérique, d'une robe grise arborant des pommelures foncées. Il était d'une carrure assez impressionnante et devait être donc un adulte plus âgé que moi. Je n'étais pourtant pas intimidée, et posai mes prunelles brillantes sur son visage, le fixant avec curiosité. Où était donc passé cette impétuosité qui l'avait fait venir à moi ? Elle semblait avoir disparue, aussi vite que pouvait disparaître une étoile filante dans le ciel noir de la nuit. Juste le temps de l’apercevoir.
Un sourire étirait les traits de mon congénère. J'hésitai à faire de même. Je n'étais pas du genre à moutonner facilement, n'ayant pas eu une vie sociale très développée durant ma jeunesse. J'avais beaucoup de mal à laisser s'exprimer cet instinct grégaire que d'autres utilisaient à merveille pour se faire des connaissances et amis. Je n'avais pas besoin de cela, pensais-je. Et pourtant, la solitude était bien ce que je craignais le plus.

L'animal n'était pas banal, mais sa question, je la trouvai intrusive. Aussi, en relevant quelque peu la tête, je lui répondis avec ma répartie habituelle :

- Pourquoi tant de curiosité à l'égard d'une étrangère telle que moi ?

Et je le fixai, impassible, de mon regard implacable.
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MessageSujet: Re: Icarus ~ Libre   Sam 28 Fév - 16:56

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Elle le fixait. Dure et fière. Season's la compara immédiatement à ces falaises vertigineuses qui les entouraient. Il ne connaissait rien d'elle. Pourtant, il la devinait aussi implacable et orgueilleuse que ces Dames de pierres qui les entouraient. Géantes aux pieds d'argiles qui ne savaient résister aux assauts du temps. Et sa question, aussi tranchante que les aspics, ne fît que confirmer cette impression. Le mâle ne se départît pourtant pas de sa bonhomie. Il lui en fallait plus pour être ombragé. Et puis, cette petite jeunette se piquant de vanité l'amusait assez à vrai dire. Il n'était guère habitué à croiser la route de pareilles personnes.

Sa question plongea néanmoins le gris dans l'embarras. L'étrangère avait raison. Pourquoi n'avait-il pas passé son chemin ? Pourquoi s'était-il arrêté ? Et pourquoi s'intéressait-il aux sentiments d'une inconnue ? « Et pourquoi pas ? » fût la première réponse qui lui vînt à l'esprit, mais il doutait que cela satisfasse la poupée ocre. Il aurait tout aussi bien pu répondre «  Parce que je suis ainsi ». Cela aurait été la plus pure vérité. Season's était un solitaire. Un vagabond. Il ne connaissait nulle attache et vivait en marge de ses semblables. Il était ainsi, un nomade errant aux grès des caprices du vent. D'aucuns auraient pu le penser froid et associable. C'était bien tout le contraire. Pour lui, chaque rencontre était une fête, une découverte. Quoi de plus beau pour un être aussi curieux que lui ? Le Faucon aimait les autres. Il aimaient leurs parler, les découvrir. Mais par dessus tout, il aimait les voir sourire. Peut-être cette soif insatiable de bonheur était-elle du à une enfance passée à endurer l'éternel froideur de son père ? Toujours était-il que Season's aimait le sourire. A la folie. Alors comment ne pas réagir face la morne mine qu'affichait la demoiselle ? Cela relevait de l'impossible. Et puis, l'étrangère avait une robe dorée, comme le Soleil. Le Soleil. L'astre riant, qui ensoleillait la terre et les cœurs. Comment un être à la robe Soleil pouvait-il être malheureux ? Cela relevait de l'inconcevable. Le Soleil était joyeux. Le Soleil était heureux. Le Soleil ne pleurait pas. Jamais. Satisfait de cette réponse, le cheval à la robe de Lune sortit finalement de ses réflexions et dit d'un air songeur : «  Parce que vous avez une robe Soleil... ».

Le mâle avait délibérément choisis une réponse évasive. Joueur, il voulait tester la demoiselle au regard de pierre, voir ce qui se cachait sous cette enveloppe de poupée. Elle le prendrait sans doute pour une fou, ou un idiot. Elle ne serait ni la première ni la dernière d'ailleurs. Mais cela, Season's s'en fichait. Il ne faisait que la tester. Il ne voulait que s'amuser.
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MessageSujet: Re: Icarus ~ Libre   Dim 22 Mar - 16:45

Oliasha
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Ma question le laissait quelque peu sur le derrière, a priori. De part son approche, j'aurai pensé qu'il aurait répondu du tac au tac, mais au final, cela lui prit plus de temps pour répondre. Quelques secondes, à peine, mais ce léger silence, ce faible blanc, m'avait laissé penser qu'il avait réfléchi avant de s'engager et de complimenter ma robe.
Une robe soleil ? Pas vraiment original, mais c'était toujours agréable. Mais... En jetant un bref coup d’œil à mon poil, je doutais qu'il soit aussi brillant et lumineux que le Soleil. En effet, je n'étais pas d'un palomino or, je possédais une couleur beaucoup plus sombre et chocolatée, ce qui contrastait énormément avec mes crins, et faisait tout le charme de ma robe. Après tout, si j'avais uniquement hérité d'un simple palomino, cela aurait été bien triste.

Je reposai mon regard sur son visage, et penchai légèrement ma tête de côté.

- L'habit ne fait pas le moine.

S'il pensait que j'étais aussi "lumineuse" que ma robe, il se mettait les sabots dans l’œil. J'étais loin d'être une de ces juments naïves et toujours souriantes, à qui l'on pouvait faire croire tout et n'importe quoi, et qui se laissaient charmer par deux ou trois phrases joliment tournées. Moi, j'avais appris que la vie, elle n'était pas que rose. Alors certes, je n'étais pas dépressive, mais tout de même. Ce n'était pas parce que ma robe reflétait le soleil, que je devais moi aussi en faire de même.

Je détachai mes prunelles profondes du visage de l'étalon pommelé, et les glissai sur les falaises à la couleur ocre. J'étais curieuse de savoir comment il allait rebondir, aussi ne pris-je pas la peine de rajouter quoi que ce soit d'autre.
A lui, qui s'était présenté comme un original, de continuer sur sa lancée, sans quoi je serai horriblement déçue.
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MessageSujet: Re: Icarus ~ Libre   Sam 13 Juin - 21:33

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[ C'est du caca pourquoi J'ai du mal avec Season's Chou )

S’amuser. S’amuser parce que la vie ne tient qu’à un fil. S’amuser pour fuir l’ennui, la monoto-nie, et tout ce qui ternît l’éclat du jour. S’amuser, pour défier, pour narguer, tout ce qui un jour avaient voulu le brimer. Lui retirer sa liberté. S’amuser, encore et toujours, à chaque détour. C’était son crédo. Vivre libre et rire. Sourire. Et plus que tout, voir ce même sourire s’épanouir sur le visage d’autrui. Voilà ce qu’il aimait. Ce qui l’animait. Tel n’était pas le cas de la demoi-selle. Du moins en apparence.

Le gris s’était amusé. Il avait lancé sa déclaration comme un enfant lancerait une pierre dans une mare, espérant y voir des ricochets. Mais tel ne fût pas le cas. La jouvencelle ne rebondît pas sur le fil de ses paroles, et la pierre tomba fatalement en un haussement d’épaule. Pas d’amusement donc. Pas de jeux de mots ni de calembour. Pas de froncement de sourcil ou de regard étonné. Non, juste cette réponse laconique. Quelques part le gris était déçu. Il avait cru voir dans la jument Soleil une partenaire de jeu. Mais cette dernière ne semblait pas prête à jouer. A vrai dire, il semblait même l’importuner… Semblait seulement… Car l’étalon l’avait vu, l’avait deviner sur le visage lisse de la poupée. Là, à cet instant précis, un plissement au coin de sa lèvre rosée. L’ombre d’un sourire. Et là, dans ses yeux de biche, l’éclat de l’intérêt. C’est alors que le mâle compris. Un défi. Voilà le jeux que lui proposait l’Alezane. Pas de course folle, ni de charade. Mais un challenge. « Intrigue-moi » lui soufflait les deux orbes d’obsidienne. « Surprends moi » lui susurrait les lèvres pourtant fermées. A ces mots inaudibles, le Voyageur sourît. D’ordinaire, son côté décalé faisait lever les yeux au ciel ou intriguait d’emblée ses paires. Mais telle n’était pas le cas de la poupée. Non, elle le mettait au défi. « Déroute moi ». Le Voyageur hocha la tête. Il allait tâcher de ne pas la décevoir. Et quand bien même il échouait, cela lui importait peu. Si la demoiselle le chassait d’un coup d’œil indifférent, alors il tournerait les talons et retournerais jouer avec le vent, tout simplement.

« Pourtant vous ressemblez bel et bien au Soleil. » lança-t-il fortement, prenant scillement le contre-pied de l’alezane. « Regardez le. » continua-t-il en désignant l’immense orbe noyé dans une mer d’azur. « Il est là. Si chaud, si brûlant qu’il nous suffirait de tendre les naseaux pour les brûler à son contact. C’est du moins l’impression que l’on en a. Sinon, comment expliquer sa caresse sur notre peau ? Comment une entité si lointaine pourrait-elle nous blesser de la sorte ?! Mais lorsque vous pensez enfin la toucher, vous vous rendez compte que tout ceci n’était qu’illusion. Le Soleil n’est pas proche. Il est loin. Si loin que jamais vous ne pourrez le toucher, ni l’atteindre… » Il s’arrêta avant de se tourner vers sa voisine, la scrutant longuement avant de reprendre « Oui, vous êtes bien comme le Soleil. Vous êtes là, étincelante dans vos habits de lumière, si proche qu’il me suffirait d’un pas pour vous toucher. Mais nous savons bien que je ne ferais que me brûler à ce contact, sans jamais vous toucher réellement. Sans jamais vous marquer de mon empreinte. Dans un jour ou deux, je me souviendrai encore de vous. Votre visage, votre voix seront gravés dans mon esprit. Mais pour vous, je ne suis rien. J’aurai beau faire, jamais je ne pourrais vous toucher. Je ne resterais qu’un fantôme pour vous… ».

Le mâle n’était pas sûr de s’être fait comprendre, d’avoir parfaitement rendu le fruit de ses réflexions. Mais finalement, cela n’avait pas une grande importance.

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MessageSujet: Re: Icarus ~ Libre   Sam 20 Juin - 10:28

Oliasha
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Et le voici donc reparti, dans des paroles poétiques, qui avaient du sens, et de la logique. Je l'écoutai parler tout du long, décortiquant pour moi-même chaque phrase et chaque mot.

Est-ce cela que mon corps dégage à la vue des autres ? Une aura de lumière aussi étincelante que le Soleil ? Aussi brûlante et tentatrice, qui me donne, assurément, un côté 'gentil' alors que tout ce que j'espère c'est élever encore plus haut les murs de ma citadelle, mon armure ruisselante de froideur ? L'étranger ne sait pas de qui il parle. Ses paroles sont ni naïves et simples, un simple effleurement d'une personne à peine rencontrée. Mais c'est là toute la poésie. Il me dépend comme le Soleil, parce que telle est sa première impression de moi. Cela ne me déplaît pas, mais me chagrine un peu de savoir sa désillusion prochaine, lorsqu'il découvrira ma véritable identité.

Si ma robe est trompeuse, ça oui. Elle cache un intérieur gelé qui souffle sur les gens la promesse d'une étreinte mortelle et doucereuse, à ceux qui tenteront d'en percer les secrets. Pénétrer ma forteresse de glace est un périple que je n'ose moi-même plus relever. Si bien que j'en ai perdu le chemin jusqu'au palpitant. Le seul peut être, qui ressemble encore au Soleil, si tant est qu'il n'a pas fléchi face aux interminables bourrasques et tempêtes soufflant dans mon âme, aussi froides que la plus froide des nuits d'hiver.

Je soupire doucement et ferme les yeux, une à deux secondes. Plus tard, lorsque mes paupières découvrent mes prunelles iridescentes d'émotions que je camoufle habilement à l'autre, je lui souffle quelques mots.

- Comment le savez-vous, si vous n'avez jamais essayé.

Cela peut sonner comme une question, mais cette phrase à le ton d'une affirmation. Personne n'a jamais essayé d'atteindre le Soleil. Et personne n'a jamais tenté de m'atteindre moi. Ils le disent si loin, et abandonnent, sans même essayer de s'en approcher. Ils me voient fermée, et me qualifient d'impénétrable, sans même essayer de m'approcher. Il suffit que j'hérisse le poil et que je me montre piquante, pour que tous abandonne l'idée même de m'extirper un secret. Tous abandonne, tous m'abandonne.
Je glisse mon regard sur le paysage alentour, et prend le pas, longeant le bord et le précipice de ce bout de terre volant.
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MessageSujet: Re: Icarus ~ Libre   Jeu 2 Juil - 13:35

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« C'était les grincements d'une machine qui n'éprouve pas de sentiment. C'était les hurlements sourds d'un cœur éprouvé par la complexité du monde, et qui, avec une certaine innocence, se fermait à lui pour ne vivre que sur une terre matérielle chevauchée par un ciel dont l'infinité avait une fin. »
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MessageSujet: Re: Icarus ~ Libre   Mer 8 Juil - 17:45

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Sa longue tirade semblait avoir plongé son interlocutrice dans une profonde réflexion ? A moins que cela ne soit de la mélancolie ? L’étalon n’en était pas vraiment sûr. Une chose était certaine, c’était que le silence s’était installé au-dessus d’eux, comme une chape de plomb. Seul le sif-flement du vent prisonnier du canyon brisait son étau. Néanmoins ce silence ne gêna pas le nomade le moins du monde. Et pour cause. En tant que solitaire, le mâle était bien plus accou-tumé aux voix de la nature qu’à celles de ses paires. D’ailleurs le gris ne comprenait pas cette manie qu’avaient certains chevaux de toujours bavasser. A croire que le silence les effrayait. Cette pensée intrigua le mâle. Comment pouvait-on avoir peur de silence, alors même qu’il était gage de paix et de réflexion ? Ces chevaux qui le fuyaient comme la peste, craignaient-ils de se retrouver seuls face à leurs pensées ? De devoir affronter ces questions qui les hantaient et qu’ils faisaient disparaître à grands coups de jacassements inutiles ? Ils devaient être bien lâches en ce cas, songea le Voyageur, de se fuir eux-mêmes.

Du coin de l’œil, Season’s nota que la Dorée était toujours plongé dans ses pensées. Son regard songeur fixait toujours un point invisible, qu’ils étaient seuls à voir. Attendant patiemment un retour de la jument, le Faucon reporta son attention sur le paysage déchiqueté qu’ils surplom-baient. Jamais encore il n’avait vu pareil spectacle. Un monde minéral leur faisait face. Ecrasées par le Soleil, les hautes falaises tombaient à pic sur des centaines de mètres. Le regard du mâle se perdît dans les courbes tourmentées que formaient certains aspics. Il suivît absentement le cheminement sinueux des fissures, son imagination y taillant des figures comme elles l’auraient fait face à des nuages. Ici, un rocher lui rappelait un crâne, là-bas, une crevasse formait les vagues contours d’une hirondelle. Les secondes s’égrenèrent ainsi, laissant la demoiselle réflé-chir tandis que son vis-à-vis débridait son imagination débordante.

"- Comment le savez-vous, si vous n'avez jamais essayé."Cette déclaration atone fît redresser la tête du gris. Voyant la mine fermée et un brin attristée de la demoiselle, le mâle fronça les sourcils. Allons bon, voilà qu’il avait réussi à sapper le moral de l’étrangère, lui qui voulait initialement illuminer son regard d’un sourire ! Horriblement gêné, le mâle faillit protester. Non, aurait-il voulu dire, non ne soyez donc pas triste. Vous ne devriez pas m’écouter, je ne suis qu’un poète raté vous savez ! Je vous en prie oubliez, je ne voulais pas vous blesser !

Mais de toute évidence, le mal était déjà fait. Et c’est impuissant que le Nomade vît la jeune jument s’éloigner de quelques pas. « Idiot » grogna-t-il, furieux contre lui-même. Néanmoins, bien décidé à remplir sa mission, à savoir faire poindre un réel sourire sur le visage de l’inconnue, le mâle prît sur lui et rattrapa la jument aux crins d’argent en un rien de temps.

Arrivé à sa hauteur, le mâle repassa au pas avant de se tourner vers l’étrangère et de lui déclarer en souriant. « Laissez moi tenter ma chance en ce cas ! »
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MessageSujet: Re: Icarus ~ Libre   Jeu 6 Aoû - 13:58

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Qu'est-ce que tu y comprends, toi l'étranger aux mille reflets ? Qu'est-ce que tu vois, toi l'étranger danseur, faiseur de belles paroles, proclamant la beauté falsifiée d'un monde qui se noie sous les mensonges et les mirages ? Qui se noie, sous son propre poids, et qui noie le reste des gens avec lui. Tous autant qu'ils sont. On se ment, chaque jour. Tout le monde se ment. On sourit, pour dire que ça va bien. On pleure énormément, à chaudes larmes, lorsque ça va mal. On frôle presque l'exagération pour un peu d'attention. On se sent le centre de l'univers, lorsque quelqu'un se penche sur nos problèmes, lorsqu'on peut déblatérer sur nos petits soucis de la vie. On se sent animé d'une folie sociale, et on parle, on parle, et on pleure et on prie pour que l'autre ne se détourne pas de nous. On veut être plaint, on veut être abîmé par les caresses réconfortantes qui ne nous touchent pas, tellement la pièce est mal jouée. C'est un théâtre auquel je n'appartiens pas. Une scène sur laquelle jamais je ne poserai les pieds.

Depuis longtemps je me dis, pour moi-même, que la seule lumière du jour suffira à sécher mes larmes. Depuis longtemps je me dis que tant que le monde tournera encore, je me suffirai à moi, le plus simplement possible, et sans troubler personne. Je ne suis pas de ceux qui se plaignent, de ceux qui se jettent dans les bras des autres, des uns des autres, et qui pleurent en hurlant leurs malheurs.
Et si je te parais lunatique, et si je te parais si changeante, d'avis et de chemise, excuse moi donc, l'inconnu, l'étranger, Nomade. Excuse moi d'avance, de me perdre un peu plus au sein du monde. De perdre la tête, la voix et la raison. Si jamais il te prend l'envie de me dire folle, grand bien te fasse. Ta pensée glissera sur moi comme les nombreuses années de solitude qui ont gravé dans mon cœur des tunnels sans fin et si vides. Vides d'amour et de poésie. Vides de rire. Vides de tout ce qui t'anime.

Tout glissera encore sur moi, comme l'eau sur les galets d'une rivière. Douce, mais violente. Polissant mon âme et mon intérieur, comme elle creuse indéniablement à chaque passage la pierre et en arrache d'infimes morceaux qu'on ne retrouve jamais. Repasse dans quelques années, et qui sait ce que tu trouveras en moi. Peut être que je ne serai plus la même. Peut être que je ne serai plus, simplement.
Mais je ne suis pas de ceux qui crient sur tous les toits leur malheur. Je suis une qui pleure agonisante, sur un double visage qui me fait face. Je suis une qui se plaint d'elle-même et qui se dit "Idiote, tu dois être forte. C'est toi seule contre le monde".

Mais toi donc, l'inconnu, l'étranger, Nomade, toi qui me pense Soleil et à qui je défie de te brûler les ailes, toi donc qui souhaite t'approcher, me toucher. Toi, qui ne sait pas à quel point tu l'as déjà fait.

A toi je n'offre aucun regard, rien à ton égard. Je te repousse, je te fuie comme la peste. Je me cache à toi, du moins j'essaie, tant bien que mal, avec toute la force que je possède. A toi, qui me poursuit, à moi qui te fuis.
Je ne suis pas de ceux qui pleurent sur les autres. Je refuse d'entrer sur la scène de ce grand théâtre qui n'a fait que me blesser, les uniques fois où j'ai osé. A toi qui ne recule devant rien, peut être m'effraies-tu.

Tentes ta chance, si tu le souhaites. Je tenterai de t'échapper, comme j'échappe à ma réalité.

C'est tout ce que je te dis, dans un regard froid et douloureux, dans un regard vengeur, dont la rage, attisée par les fouets brûlants de la vie, déborde de toutes parts, à m'en brûler les rétines.
Au final, qui de nous deux se brûlera le premier ?
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MessageSujet: Re: Icarus ~ Libre   Ven 11 Sep - 21:55

Season's Rebel
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La requête du mâle ne trouva nulle réponse. Ou du moins, nulle réponse escomptée. Pas de sourire narquois, empli de défi. Nul éclat curieux dans les orbes sombres de la demoiselle. Non, rien de tout cela. Juste un regard froid, empli de haine, qui glaça l'enjoué étalon sur place. Jamais encore Season's n'avait croisé pareille amertume dans des prunelles si jeune. Stupéfait, le Nomade soutînt le regard de la demoiselle quelques instant, se brûlant à son contact. La confusion sema le trouble dans son esprit. Il ne comprenait pas. Il ne comprenait rien. Pourquoi tant de douleur chez la jouvencelle ? Au vue de son visage, où se devinait encore les dernières rondeurs de l'enfance, l'Acajou aurait du être un modèle d'insouciance. Mais, il ne rencontrait chez elle qu'un rance parfum d'aigreur, contrastant brutalement avec la jeunesse des ses traits. Et la même question revenait sans cesse le tourmenter : que lui était-il donc arrivé ?

Mais bien plus que le comportement passé de la jument, ce fût bien sa réaction à son innocente requête qui troubla le mâle. Que lui valait toute cette colère que la demoiselle lui avait lancé sans aménité en pleine figure ? Qu'avait-il donc fait ? Tout ce que Season's avait souhaité, c'était la dérider. Le Nomade n'aspirait qu'à égailler la journée de la belle, à voir un sourire fendre ses lèvres. Mais, pour une raison qui lui échapper, il n'y parvenait pas. Lui qui, bien que solitaire, connaissait le cœur de ses pairs parfaitement, n'arrivait à dissiper les mystère qui entouraient celui de l'Alezane. Il ne la comprenait pas. Il ne comprenait pas son rejet. Il souhaitait seulement l'aider après tout, lui témoigner un peu de gentilles. Cela lui paraissait si naturel, qu'il ne pouvait comprendre la réaction de la jument. Parce qu'il était comme ça, un migrateur amenant avec lui joie et bonne humeur quand les hirondelles annoncent le printemps. Mais aujourd'hui, le charme ne s'opérait pas. Au contraire, le gris avait l'amère sensation que sa conversation avait plongé l'inconnue plus en avant dans sa solitude. Et elle le rejetait. Lui qui n'avait jamais voulu que lui être agréable. Et il ne comprenait toujours pas pourquoi.

Estomaqué par le regard glaçant que lui avait jeté la jument, le Voyageur s'immobilisa. Son cerveau tournant à plein régime, il l'observa s'éloigner de lui sans un regard en arrière. Le fuyant, lui et ses si bonnes intentions. Et l'idiot qu'il était en resta pantois, la gorge sèche, avec l'affreux sentiment d'avoir échoué. Le vent jouait doucement dans ses crins anthracites, cherchant par ses caresses à apaiser son cœur lourd. Lourd d'incertitudes. Lourd d'incompréhension. Et de questions. Avait-il fait quelques chose de mal ? Comment avait-il pu froisser la jument ? Pourquoi le fuyait-elle comme la peste ? Il avait tenté de l'amadouer à grands renforts de rictus solaires, de mots apaisant comme du velours. Mais rien n'y avait fait, elle s'était soustrait à sa bonté comme le vent s'échappait des doigts tentant de le capturer. Les sourcils froncés, Season's laissa échapper un soupir las. Le comportement de la demoiselle restait une énigme à ses yeux. Il ne pouvait concevoir que l'on puisse ainsi rejeter un acte dicté par la bienveillance même. Et pis encore, que l'on puisse en fuir l'auteur. C'était à croire qu'elle avait peur. Que sa gentillesse ne l'ait effarouchée.

Oui, c'était cela. L'Acajou avait eût peur, réagissant à l'image d'une bête blessée et acculée. Mais la même question demeurait cependant. Pourquoi ? Pourquoi ? Laissant échapper sa frustration. Il devait savoir. Il devait comprendre. Un regard vers l'horizon lui apprît que la jument s'était déjà considérablement éloignée, sa robe sablée se fondant avec l'ocre des murailles. Sans plus attendre, de peur qu'elle ne disparaisse à jamais et que son image ne demeure plus qu'un mirage, le Fils du Vent s'élancer à sa poursuite. Son corps se ressentait encore des efforts fournis auparavant, mais le Nomade ignora les complaintes purement matérielles de ses muscles et allongea davantage sa foulée lorsque les contours de l'étrangère se précisèrent à nouveau.

En un souffle, il la rejoignît. Par prudence, il se planta face à elle, étant ainsi certains qu'elle ne pourrait le snober comme auparavant. Puis, fichant ses prunelles dans ses iris sibyllines, il lui lança d'un air bravache : « De quoi avez-vous peur au juste ? ». Une bravade, pour piquer la fierté de la Belle. Pour la pousser à lui répondre. Pour briser le silence qui s'était installé entre eux, au grand dam du gris.
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MessageSujet: Re: Icarus ~ Libre   Lun 26 Oct - 11:28

Oliasha
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Face à moi un mur d'anthracite, insurmontable, si soudain, si piquant et je m'y précipite. C'est mon regard qui croise le sien, le tien, plutôt le tien qui happe le mien. C'est comme si tu me prends par les épaules et que tu me secoues en criant de me réveiller, que je ne suis pas seule, que le monde n'est pas si moche et que la vie est belle. Mais nous ne voyons pas les mêmes couleurs, voyageur. Tu vois la beauté des choses, et j'en vois le côté sombre et décrépi. Tu vois les merveilles et je vois les horreurs, de ce monde auquel tous deux nous appartenons. De ce monde qui nous possède, il parait si épatant pour toi, mais si désenchanté à mes yeux.
Suis-je si instable que la moindre des choses, le moindre ressenti, change mon être du tout au tout ? Suis-je si troublée, que j'en perds le contrôle ? L'ai-je déjà eu, au moins une fois dans ma vie ?

Tu me barres la route, l'inconnu, et tu as raison. Tu me barres la route et tu me forces à lire dans tes yeux. Le regard rivé au tien, je ne peux qu'y plonger, mais nous ne voyons pas les même couleurs, nous ne voyons pas le même monde. Je vois, dans tes prunelles, je vois se refléter mon image. Elle est si sombre, si dure. Si grise et dépourvue de tout. Je vois le monde dans lequel je vis, plaqué dans tes yeux d'ambre. Je détourne le regard, c'est quelque chose que je sais par cœur, à quoi bon le regarder encore.

« De quoi avez-vous peur au juste ? »

Quelque chose se brise. En moi. Je le sens, ce poids lourd qui soudain me compresse la poitrine. J'ai du mal à respirer, ma vision se trouble, alors que je glisse de nouveau mes yeux dans les tiens, la bouche entrouverte par tant d'émotions. Je m'y vois encore, au fond de ton regard, je m'y vois et je me regarde. Je regarde cette image de moi, entachée, détachée, attachée, je lis sur mon visage toute la souffrance de mon monde. Je vois un être fragile et cassé, fracturé. Je vois un être qui pleure. Je pleure. Je sens les larmes rouler sur mes ganaches. J'en suis surprise, la sensation est brûlante. J'ai pitié de mon reflet, j'ai honte de moi-même. Depuis quand Oliasha se laisse berner par des sentiments, depuis quand Oliasha s'inquiète du monde qui l'entoure, depuis quand mon palais de glace s'est-il mis à fondre ?
Je recule, effarouchée par cette vision, et relève un visage perdu vers toi.

L'étranger, voyageur, vagabond. Nous ne voyons pas les mêmes couleurs, nous appartenons au même monde, sans posséder un pareil. Le mien est si terne, si défiguré. Le tien semble vibrer, au rythme de ta respiration. Et moi, à travers tes yeux, vibre-je aussi intensément que lui ? Je me regarde une nouvelle fois, dans tes prunelles. Je n'y vois que le vide, le néant, une silhouette défraichie et accablée par son malheur. Mais toi, Nomade, comment me vois-tu à travers tes couleurs ?

- J'ai peur d'être aveugle.

Les mots glissent. Ils traduisent si bien ma pensée. Tu n'en saisiras probablement pas le sens, ou bien me trompe-je à ton sujet, et par miracle, tu sauras lire dans mon esprit tout le chamboulement qui se trame en mon intérieur.
J'ai peur d'être aveugle, aveugle et sourde. A me voir en noir et blanc, à regarder cette immonde image du monde, que mes pupilles perçoivent, j'ai peur d'être aveugle de la véritable vision des choses. J'ai peur d'être aveugle, et de mettre trompée sur toute la ligne, depuis ma naissance, j'ai peur d'être aveugle et de mettre construite sur l'imaginaire, un quelque chose qui n'existe pas, un monde créé de toute pièce par mon esprit. J'ai peur d'être aveugle, aveugle des couleurs que tu vois.

Comme pour m'en assurer, pour me rassurer, je plonge encore mes yeux dans les tiens, avec l'espoir d'y voir de la lumière, de la beauté. Mais je n'y vois encore que mon reflet, inchangé, toujours si laid et désenchanté. Je suis aveugle du monde, je le rêve en noir et blanc. Nous ne voyons pas les mêmes couleurs, voyageur, des merveilles que tu proclames, je n'en vois que les horreurs, car je suis aveugle.
La vérité me saute au visage. On a brûlé mes yeux de haine et de colère, il y a longtemps, et depuis trompée par cette vision falsifiée, je suis aveugle du monde et de ses merveilles. Et peut être qu'à travers tes prunelles, je pourrais entrapercevoir par une fenêtre, les couleurs que tu possèdes.

- Oliasha. Je m'appelle Oliasha.

Mes larmes ont laissé des chemins sombres et secs sur mes ganaches, jusque mes yeux rivés aux tiens, jusqu'à mes yeux qui pleurent encore en silence. Je veux voir dans tes prunelles les couleurs du monde que tu possèdes.
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MessageSujet: Re: Icarus ~ Libre   Lun 21 Déc - 17:31

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Il l'avait troublée, la poupée de porcelaine. Cela se voyait dans son regard ombrageux, dans ses traits déchirés, dans ses lèvres tremblantes. Plus de superbe, plus de bravade. Plus de mensonges non plus. Oublié le masque de glace qu'elle lui avait opposé tantôt. Oubliés les artifices et les stratagèmes. Il la voyait désormais telle qu'elle était. Qu'elle paraissait jeune une fois dépourvu de son écran d'orgueil ! Qu'elle semblait fragile tout à coup ! Pour un peu, le Nomade l'aurait enserrer contre son poitrail. Mais il n'en fît rien. Il observait, intrigué, consterné, la chute de la Dame Soleil. Elle qui paraissait si sûre d'elle quelques instants auparavant, comme pouvait-elle sembler si perdue à présent ? C'était à n'y rien comprendre. Il n'y comprenait rien et observait, stupéfait, la dorée se débattre, tenter de sauver les murs fondant de son royaume de Glace. Mais en vain.

Et soudain, le mâle eu honte. Honte de l'avoir ainsi poussée dans ses retranchements, de l'avoir mis devant le fait accompli. Car à n'en pas douter, son intervention était la cause du séisme qui secouait la demoiselle. De quel droit avait-il ainsi bouleversé sa vie, lui qui ne doutait jamais de rien ? Lui dont la vie, bien que tourmentée en des temps lointains, était aujourd'hui paisible. Que savait-il du passé de la Belle ? Que savait-il des orages, des batailles perdues, des naufrages ? Lui qui ne connaissait que la caresse du vent dans ses crins et la brûlure du Soleil sur sa peau, que savait-il de la vie ? Oui, face au visage ravagé de la palomino, le Faucon regretta. Il aurait donner cher, pour revenir en arrière. Pour laisser la demoiselle s'enfuir, laisser reposer sur elle la toile d'illusions dans laquelle elle vivait. Mais cela était impossible, et le gris devait à présent composer avec l'air hagard de la jument. Avec son regard, qui s'accrochait au sien comme un naufragé à un canaux de sauvetage.

Le regard qu'elle lui lançait le troubla. Oh, on l'avait déjà dévisagé auparavant, il fallait avouer que son allure était loin d'être banale. Mais ce regard là était différent. Il le transperçait de part en part. Elle ne faisait pas que le regardait, elle sondait son âme, de cela le nomade en était certain.A tel point qu'ilse demanda ce que la demoiselle pouvait bien voir en lui. Elle le fixait avec une telle intensité que cela en devenait presque douloureux. Mais Season's ne songea même pas à se détourner, il regardait la demoiselle dans ses yeux, tenta de percer les secrets de la tempête qu'il y découvrait. Il se demanda alors, ce que la jument pouvait bien voir en lui. Ce qui la bouleversait au point que des larmes dévalaient à présent ses joues soyeuses. Le cœur du Voyageur se serra à cette vue. Son objectif avait été de dérider la Poupée, pas de la mener aux larmes ! Cette vision le désola et la culpabilité l'étrangla à nouveau. Il ne se détourna pas. Il patienta. Longtemps. A tel point que des picotements remontaient dans ses membres depuis trop longtemps immobiles. Mais l'étalon n'en avait cure. Il aurait pu rester ainsi jusqu'à la nuit des temps.

Heureusement pour lui, cela ne fût pas nécessaire. Après ce qui lui sembla être une éternité, la jument se décida enfin à rompre le silence, énonçant une phrase qui laissa l'étalon perplexe. Aveugle ? Mais enfin que racontait-elle ? Le Soleil devait taper bien plus fort qu'il ne le pensait... Et pourtant, les propos de la demoiselle étaient bien trop graves, bien trop emprunts d'émotion pour être le fruit d'une hallucination. Aveugle … Mais aveugle à quoi au juste ? Aux autres ? Au monde tout entier ? Aux nuances de l'aurore, aux couleurs du vent ? Le mâle n'était pas bien sûr... Il s'avança néanmoins et proposa, résolu : «  Alors laissez moi vous aider. ». Après tout, il avait déchirer son voile d'illusions, à lui de lui faire découvrir le monde tel qu'il était réellement...

C'est alors qu'elle se présenta, la petite Poupée de porcelaine. Oliasha. Le mâle savoura en pensée les intonations de ce nom, avant d'arquer l'encolure la tête en hennissant légèrement. C'était un très joli nom.

«  Season's Rebel », dit-il à son tour « Mais vous pouvez m'appeler Season's » ajouta-t-il avec un sourire.
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MessageSujet: Re: Icarus ~ Libre   Lun 18 Jan - 20:14

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Qu'allais-tu penser à présent ? Qu'allais-tu penser après m'avoir vu dépourvu de ma superbe ? Oh, j'ai honte. Ce sentiment m'envahit soudain, et je recule d'un pas. Je n'aurais jamais du me livrer, et laisser se déchirer mon être ainsi devant toi, le voyageur. Tu n'aurais pas dû insister, j'aurais dû résister. Mais tu m'intrigues, tu me laisses perplexe. Tu es juste là au bon moment, le meilleur instant pour m'attaquer et m'agresser de la sorte. C'est une journée de faiblesse et de grande fragilité pour moi. Au final, tu es juste un profiteur, et je commence à te détester.

Que m'as-tu fait ? Tu as juste sauté sur l'occasion de prendre à pleines mains l'esquisse d'une déchirure dans ma carapace et tu as écarté, écartelé ma chair pour atteindre mon cœur. Tu es un rapace, un vautour. Oh, comme tu dois jubiler que je me sois ainsi découverte à tes yeux. Comme tu dois te sentir puissant de me proposer ton aide de la sorte. Qu'est-ce que ça te fait ressentir ? Penses-tu avoir du pouvoir sur ma vie, alors ?
Mais n'est-ce pas seulement de ma faute...? Que je suis faible. Que je suis idiote. Où est passée la Oliasha qui jamais ne se serait livrée ainsi ? Je me suis oubliée. Dans tes yeux, dans tes traits, j'ai perdu mon chemin. Tu m'exaspères, l'inconnu.
Mais comment veux-tu que je te haïsse si tu me souris de la sorte ? Arrête donc, veux-tu ? Arrête de m'oppresser ainsi et de me faire me sentir nulle et débile. Arrête de me regarder comme ça. Je dois être forte et fière. Arrête de me donner l'envie de te dire "Oui, aide moi, soutiens moi, aime moi". C'est de la magie noire, ça ne peut pas être autrement. Je veux que tu arrêtes ça tout de suite, sur le champ. Laisse moi tranquille. Je ne suis plus une pouliche, ce genre de sentiment ça n'est pas pour moi. Alors pourquoi je ressens le besoin de me laisser bercer sur ton épaule, à m'y reposer ? Sale sorcier. Vaurien. Vautour. Rapace. Que m'as-tu fait ?

Et que dois-je répondre ? Que dois-je faire ? Comment me défaire de ton emprise ? Je dois te fuir. Et pourtant, je ne peux pas te laisser planter là comme ça, sans rien dire.
Quoi ? Oliasha, que t'arrive t-il ? Tu l'aurais fait et sans gêne ! Tu es juste faible devant lui, voilà tout. C'est de ta faute. Blâme le, injure le, autant que tu veux. Mais au fond de toi, tu sais qu'il n'y a que toi qui traîne la patte. C'est parce que tu es trop fragile. Les gens s'en prennent à toi parce que tu es trop fragile. Il en est un bon exemple. Alors va-t-en et laisse le !
Je recule alors, encore, mon visage raffermit, la méfiance revenue dans mes yeux sombres et profonds. Mais je ne peux pas le laisser comme ça, après tout, il est si gentil avec moi.
Pourtant, ça ne te gênait pas de cracher sur les bonnes personnes, avant. En un instant, t'aurait-il conquise ?
Jamais.

Je relève la tête. Plus aucune trace de cet instant de trouble et de doute dont le voyageur a été témoin. Ma voix claque, cinglante. Je suis de nouveau un mur de glace.

- C'est bien gentil, Season's Rebel mais occupez-vous de vos affaires. Je n'ai besoin de l'aide de personne.

Jamais.
Tu ne m'auras jamais. Je suis indomptable. Je suis infranchissable. C'est fini. Tu ne m'auras plus avec le même tour. Je ne tomberai plus jamais dans ton piège, sorcier. Je peux me relever seule, je n'ai pas besoin de toi. Je préfèrerai mourir que de laisser quelqu'un s'approcher trop près de mes secrets.
Pourtant je reste bien là, devant toi. Et je ne sais toujours pas pourquoi je n'ai pas fait volte-face en te crachant au visage.
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MessageSujet: Re: Icarus ~ Libre   Mar 16 Fév - 11:28

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« C'était les grincements d'une machine qui n'éprouve pas de sentiment. C'était les hurlements sourds d'un cœur éprouvé par la complexité du monde, et qui, avec une certaine innocence, se fermait à lui pour ne vivre que sur une terre matérielle chevauchée par un ciel dont l'infinité avait une fin. »
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MessageSujet: Re: Icarus ~ Libre   Jeu 7 Avr - 17:20

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« C'était les grincements d'une machine qui n'éprouve pas de sentiment. C'était les hurlements sourds d'un cœur éprouvé par la complexité du monde, et qui, avec une certaine innocence, se fermait à lui pour ne vivre que sur une terre matérielle chevauchée par un ciel dont l'infinité avait une fin. »
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